Au Honduras, le peuple doit empêcher que les putschistes vaincus ne reviennent au pouvoir !

Par Jean-François Claudon (75)

"Camarade Mel, le peuple est avec toi !"Le 30 octobre, les accords de Tegucigalpa ont été signés entre les représentants de Manuel Zelaya, le président hondurien légitime chassé le 28 juin dernier par un putsch militaire, et ceux de Roberto Micheletti, chef du régime de facto issu du coup d’Etat. C’est maintenant officiel : Zelaya va revenir au pouvoir dans quelques jours, jusqu’à la tenue des élections générales, le 29 novembre prochain, et pourra même aller au terme de son mandat qui expirera en janvier 2010. Cela dit, ce retour de Zelaya, dans les conditions fixées par les accords de Tegucigalpa, constitue-t-il une victoire du mouvement émancipateur au Honduras ? Et au niveau international, dans cet enchevêtrement de forces et de volontés politiques qui se sont combattues depuis le coup d’Etat, laquelle s’est finalement imposée ? Nous ne sommes pas de ceux qui s’empressent toujours, par pureté révolutionnaire, de jeter le bébé ave  l’eau du bain, mais il faut tout de même dire la vérité. Si le retour de Zelaya est symboliquement une victoire de taille pour le  peuple hondurien et pour le processus révolutionnaire latino-américain, de nombreuses concessions faites aux putschistes prouvent que les Etats-Unis ont repris la main sur l’Amérique centrale et que la gauche radicale sud-américaine sort affaiblie du conflit. En politique comme partout, il est des victoires bien amères…

Les accords de Tegucigalpa sont constitués de 3 points essentiels censés résoudre la crise politique qui dure maintenant depuis plus de 4 mois. Tout d’abord, les deux partis en présence ont affirmé nécessaire la soumission au vote du congrès du rétablissement du pouvoir légitime en vigueur avant le 28 juin dernier. Certes, il s’agit du même congrès qui a entériné le coup d’Etat contre Zelaya, mais de nombreux hommes politiques influents ont compris que le rétablissement du pouvoir légitime était la condition sine qua non de la fin du gel de leurs avoirs à l’étranger ainsi que des fonds internationaux vitaux pour le pays, mais surtout, de la reconnaissance des élections du 29 novembre prochain qui permettront au petit pays de réintégrer définitivement le concert des nations. Le rétablissement de Zelaya est donc de fait acquis. Mais pour ce faire, que de concessions aux putschistes et aux Etats-Unis !

Le second point des accords de Tegucigalpa affirme que le nouveau cabinet ministériel, qui devra être constitué avant le 5 novembre, sera un gouvernement « d’unité et de réconciliation nationale ». Le rétablissement de fait de Zelaya n’est donc nullement fondé en droit dans ces accords, puisque le coup d’Etat putschiste n’y est pas condamné explicitement et que l’union nationale qui prend sa suite le légitime a posteriori… Autre concession de taille : la renonciation de Zelaya à sa volonté de convoquer une assemblée constituante afin de modifier la constitution hondurienne de 1982. C’était pourtant cette orientation révisionniste du pouvoir au printemps 2009 qui avait précipité le bras de fer entre Zelaya et l’oligarchie, puis l’éviction de ce dernier. Cette concession scelle paradoxalement la défaite politique du pouvoir en passe d’être rétabli, puisque il renonce dans les faits à se battre pour un Honduras véritablement démocratique. Plus généralement, c’est un échec pour toute la gauche radicale latino-américaine, puisque Zelaya a été contraint d’abandonner tout ce que ses soutiens politiques régionaux ont réussi à faire au Venezuela, en Bolivie et plus récemment en Equateur : réviser la constitution de leur pays respectif pour y introduire leurs idéaux socialistes, des éléments de démocratisation et le principe de la réélection du président afin d’assurer la continuité du processus révolutionnaire. Les classes dominantes honduriennes, élevées au bon grain de la lutte US contre la subversion sociale dans les années 1970, avaient en effet rendu inviolables les clauses constitutionnelles garantissant la pérennité de leur pouvoir par une alternance conforme à leurs intérêts. Ce point décisif, déjà contenu dans les accords de San José rejetés en juillet dernier par Chavez et ses alliés, prouve que le grand vainqueur de ce conflit est la diplomatie américaine qui a obtenu ce qu’elle voulait et peut bien abandonner maintenant un pouvoir putschiste qu’elle avait condamné dès le début, tout en le tenant à bout de bras !

Reste l’essentiel : les deux partis en présence s’engagent à reconnaître les élections générales du 29 novembre prochain et à jouer le jeu démocratique. On pourrait croire que c’est une concession de taille des putschistes, puisque le camp de Zelaya, poussé par la mobilisation des masses, ne peut être que majoritaire à l’issue du scrutin. Belle vue de l’esprit ! Car il ne faut pas oublier que les élections de la fin du mois de novembre se feront dans les formes prescrites par la constitution de 1982, puisque Zelaya a renoncé à la modifier… Il ne sera donc pas candidat à sa propre succession, comme c’était le cas, dès avant le 28 juin. Une nouvelle fois, la résolution du conflit impose un pas en arrière au président légitime. Aux dernières nouvelles, les deux candidats les mieux placés font partie de la droite libérale et conservatrice et sont membres, pour l’un, du Parti National et, pour l’autre, du Parti Libéral de Zelaya, mais sur une ligne bien plus orthodoxe que le fantasque Zelaya dont on se souvient qu’il avait augmenté les minimas sociaux de 60 % au début de l’année…

Certains commentateurs, pourtant bien documentés, concluent de ce fait que le prochain président sera forcément un homme de la droite pro-américaine et que son élection, en scellant la victoire des Etats-Unis, sanctionnera la défaite de Chavez dans l’issue de la crise du Honduras. Ceux qui parlent ainsi ne sont plus des journalistes, mais des prophètes ! Qui peut dire qui va l’emporter ? La lenteur des négociations n’a certes pas joué en faveur du mouvement populaire, mais l’opposition a encore le temps de se structurer. Les appels de Zelaya à « l’insurrection du peuple » ont beau n’avoir pas abouti fin septembre, il reste que l’insurrection électorale est encore tout à fait réalisable. Zelaya doit quitter définitivement le Parti Libéral et organiser avec ses amis son propre parti en rupture avec l’oligarchie, les putschistes et les services américains. A ceux qui nous rétorquerons qu’il est impossible d’organiser un parti dans un laps de temps si court, nous répondons que ce pari existe déjà. Il s’agit du « Front de Résistance au Coup d’Etat » qui regroupe toutes les organisations qui se sont opposées aux putschistes. Cette structure, qui ressemble tant au LKP guadeloupéen, doit perdurer, car même un enfant de dix ans peut comprendre que la victoire d’un candidat de droite à la fin du mois signifierait la victoire définitive du coup d’Etat du 28 juin. Tous les militants ouvriers et démocrates honduriens doivent travailler à ce que, lors des législatives et des présidentielles du 29 novembre, l’on puisse opposer à chaque candidat de l’oligarchie un candidat du Front, éprouvé dans les combats récents et reconnu par le peuple. Si une telle organisation se met en place, face à un peuple résolu et uni, l’appareil d’Etat des putschistes ne fera pas le poids, car, aujourd’hui comme hier, « el pueblo unido jamás será vencido ».

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