Régionales : halte à la division !

Rose-rouge-vert, c'est quand même plus beau que le bleu (très) foncé !Que de choix cornéliens pour nos pauvres partis de gauche ! Les élections régionales suscitent traditionnellement des débats tactiques retors et un tantinet électoralistes, mais là, tout de même, la gauche y va très fort… Jugez du peu ! Le PS, pour se relancer, hésite entre une alliance contre-nature avec le MoDem et une réédition bien terne de la gauche plurielle, tout en ne fermant pas l’éventualité d’un flirt avec une écologie qui se recentre plus vite que ne fond la banquise. Les Verts, eux, dans leur euphorie climatique, sont plus occupés à chercher des têtes de liste sexy issues de « Jeudi Noir » ou des « Don Quichotte » qu’à élaborer une authentique ligne politique de gauche. Le PC se tâte encore entre une alliance avec le PS, qui lui permettrait de sauver ses élus, et une deuxième mouture du « Front de gauche ». Malgré sa déclaration commune avec le PG, le 30 juin dernier, le NPA a toujours du mal à entrer dans le jeu institutionnel, se refuse pour l’instant à entrer dans le « Front de gauche » et se tait sur l’éventualité de fusions techniques au 2d tour pour battre la droite. Le PG, lui, soutient maintenant ouvertement qu’il y a deux gauches et que le front unique n’est qu’une fable pour enfants qui ne permet même plus de « plumer la volaille socialiste ». Décidément, quelle cacophonie à gauche !

Mais tout va tellement bien qu’on peut largement se payer le luxe de se diviser ! Ce n’est pas comme si nous étions face à une droite, qui, quoique déchirée par des conflits personnels, a au moins l’intelligence de ne pas laver son linge sale sur la place publique… Ce n’est pas comme si Sarko et ses sbires préparaient leur réforme des collectivités territoriales avec comme objectif d’y détruire, en quelques années, l’influence d’une gauche, déjà bien en peine pour l’emporter au niveau national…

Les salariés de ce pays et le peuple de gauche sont pour l’instant les premières victimes de ses appareils qui, malgré leurs multiples divergences, ont au moins un point commun : leur courte vue. Nouvelle position en date, celle des communistes. Dimanche dernier, le CN du PCF se serait montré défavorable à l’éventualité de listes communes avec le PS. Le parlement communiste a voté à plus de 80 % une « offre nationale » réengageant le parti sur les rails du « Front de gauche ». Passons sur le terme d’ « offre » -qui renvoie davantage à un cours d’économie ou de marketing qu’au vocabulaire d’un parti de gauche- pour arriver tout de suite au fond du problème. En votant en ce sens, les instances nationales du PC ont fait coup double : les communistes n’auront pas ou alors peu d’élus et le PS, fatigué de prendre des vestes de la part de ses partenaires de gauche, sera mécaniquement attiré vers le MoDem. Quel choix lourd de conséquence pour toute la gauche et surtout pour ceux qui s’en saisissent pour battre la droite ! Mais, ce serait trop simple si les calculs politiciens s’arrêtaient là. Il faut ajouter aux calculs tactiques des instances nationales les intérêts de l’étage inférieur d’un parti dont le centralisme démocratique n’est plus qu’un lointain souvenir. En effet, la savante stratégie élaborée par le PCF doit désormais être discutée région par région, conformément à ses statuts. Des accords locaux avec le PS dès le premier tour ne sont donc pas totalement exclus, les communistes comptant 185 conseillers régionaux sortants dans les 18 exécutifs régionaux gérés avec les socialistes. Les petits chefs locaux du PC pourront s’en donner à cœur joie, tant que les militants ne se rendent pas trop compte de l’entourloupe… Comprenne qui pourra !

Finalement, le seul parti qui pouvait contribuer à rassembler la gauche se refuse à le faire clairement. Nous n’avons aucune illusion envers le PCF, nous savons que son credo reste la survie de l’appareil stalinien et que l’unité de la gauche, que la bureaucratie communiste a si souvent combattue par le passé, n’est que le cadet de ses soucis. Mais il s’agissait pour l’instant du seul parti qui prônait une unité sans exclusive pour battre la droite. La stratégie électorale à 2 étages prônée place du Colonel Fabien va pousser un PS déjà en difficulté à se repositionner contre le « Front de gauche » et à d’éloigner de cette ligne combattive contre la politique de la droite qui avait permis la belle victoire de 2004. Second effet Kiss Cool, le NPA va trouver prétexte aux négociations locales des élus PC avec les socialistes pour dénoncer l’opportunisme du « Front de gauche » et refuser l’unité. Cette stratégie ambiguë des communistes va également permettre au PG de se positionner comme parti « pur » et « new look », face aux grands partis traditionnels de la gauche, et de concurrencer par-là même la formation gauchiste de Besancenot. Vous avez dit Unité ?

La gauche est donc en train de tomber dans le panneau. Le panneau des 22-élections-différentes-qui-permettent-d’affirmer-des-projets-régionaux-alternatifs-et-de-rééquilibrer-les-pouvoirs-face-à-l’Etat-UMP ! Ce n’est pas ce que veulent les salariés et les sympathisants de gauche. Ils veulent faire de ces élections des législatives anticipées contre le pouvoir, contre la droite et le patronat, contre Sarkozy et sa politique favorable à moins de 10 % de la population ! Ce ne sont pas 22 élections à géométrie variable en fonction des intérêts de tel ou tel baron socialiste ou communiste. Ce ne sont pas 22 élections qui permettent d’affirmer sa différence dans le cadre de la future recomposition de la gauche. C’est une seule élection qui n’est rien d’autre que le prologue de celle de 2012. Il faut y aller unis et ne pas tomber dans le piège régionaliste. Il s’agit bien d’une élection nationale qui doit permettre au peuple de s’exprimer face à un pouvoir sourd qui n’a que mépris à son égard. Si nous partons désunis, avec 4 listes de gauche -et oui, vous avez bien lu 4 !- au nom des « différences » qui existent au sein de la gauche, nous réitérerons l’erreur des régionales. Et ce sera une défaite de plus pour notre camp, une victoire à peu de frais pour Sarko et, en conséquence, une nouvelle campagne de la presse bourgeoise pour que le PS s’allie avec le MoDem et que le PC se dissolve.

Ceux qui n’ont pas envie de voir ce scénario catastrophe se répéter doivent le dire. Dans chaque parti, il faut se battre pour qu’une ligne unitaire et un vrai programme de gauche ambitieux, qui dépasse le seul cadre régional, soient mis en œuvre. Tout n’est pas encore perdu et les hésitations de chaque formation prouvent bien que leur stratégie respective est loin d’être assurée. Il est temps de s’y mettre et de lancer une campagne, dans chaque parti, pour imposer des listes communes ou alors, un accord impératif de fusion au second tour pour les deux listes qui se seraient opposées au premier. Pourquoi pas une grande pétition en ce sens ?

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