Je touche le RSA, c’est de la faute aux Chinois !

Ce sont elles nos ennemis ?La concurrence mondiale ne date pas d’hier, contrairement à ce que voudrait nous faire croire les partisans du « Grand bon en arrière » néo-libéral. Leur prétendue « révolution » sensée répondre à l’émergence de nouveaux pays industrialisés n’est en rien une nouvelle donnée naturelle et impersonnelle, sorte de deux ex machina auquel tout pays serait tenu de s’adapter depuis la fin des années 1970 sous peine de disparaître ; ce n’est rien d’autre qu’une machine de guerre politique, consciemment et rigoureusement mise en place pour lutter contre les salariés et les acquis qu’ils avaient arrachés aux classes dominantes aux lendemains de la 2de Guerre mondiale. La concurrence des pays émergents n’a été que le prétexte utilisé à l’échelon mondial pour privatiser, déréguler et précariser le monde du travail. L’offensive sans précédent des classes possédantes se faisait ainsi au nom de la sacro-sainte ouverture des économies ou encore de leur « nécessaire adaptation » à l’ordre des choses. Ce fut un coup de génie. En effet, qui pourrait sensément s’opposer à ce qui est naturel ? Qui pourrait s’affirmer hostile à la pluie ou encore contre le printemps sans faire un petit tour par l’HP le plus proche ? La bourgeoisie a réussi à fait passer ses choix politiques mondiaux pour des adaptations techniques qu’on ne peut discuter. Du même coup, elle était en train d’inventer son sésame politique pour les 30 ans à venir : les fameuses « réformes-nécessaires-qui-sont-douloureuses-mais-auquelles-on-ne-peut-pas-échapper »…

Un socialiste doit être sérieux et combattre cette soupe idéologique imprégnée d’un faux fatalisme cachant le cynisme le plus pur. Soyons clair. Ce n’est pas le « miracle économique » japonais, les faibles salaires des pays de l’Est ou même la violence sociale qu’impose la bureaucratie chinoise à son propre peuple qui sont responsables de cette avilissement mondial du prix de la main-d’œuvre. La pression sur les salaires n’est pas un excès accidentel dans lequel le « système-monde » pourrait verser de temps en temps. C’est une logique propre au capitalisme dont la mission historique reste jusqu’à preuve du contraire de valoriser encore et toujours le capital et donc d’exploiter toujours plus la force de travail des salariés. Un certain Karl Marx l’affirmait il y a près de 140 ans avec une modernité qui surprend. Il ne faisait d’ailleurs rien d’autre de dire clairement ce que les capitalistes de son temps pensaient tout bas.

« Un écrivain du XVIII° siècle que j’ai souvent cité, l’auteur de l’Essai sur l’industrie et le commerce[1], ne fait que trahir le secret intime du capitaliste anglais quand il déclare que la grande tâche historique de l’Angleterre, c’est de ramener chez elle le salaire au niveau français ou hollandais. « Si nos pauvres, dit il, s’obstinent à vouloir faire continuelle bombance, leur travail doit naturellement revenir à un prix excessif… Que l’on jette seulement un coup d’œil sur l’entassement de superfluités consommées par nos ouvriers de manufacture, telles qu’eau de vie, gin, thé, sucre, fruits étrangers, bière forte, toile imprimée, tabac à fumer et à priser, etc., n’est ce pas à faire dresser les cheveux ? ». Il cite une brochure d’un fabricant du Northamptonshire, où celui-ci pousse, en louchant vers le ciel, ce gémissement : « Le travail est en France d’un bon tiers meilleur marché qu’en Angleterre : car là les pauvres travaillent rudement et sont piètrement nourris et vêtus; leur principale consommation est le pain, les fruits, les légumes, les racines, le poisson salé; ils mangent rarement de la viande, et, quand le froment est cher, très peu de pain ». Et ce n’est pas tout, ajoute l’auteur de l’Essai, « leur boisson se compose d’eau pure ou de pareilles (sic !) liqueurs faibles, en sorte qu’ils dépensent étonnamment peu d’argent… Il est sans doute fort difficile d’introduire chez nous un tel état de choses, mais évidemment ce n’est pas impossible, puisqu’il existe en France et aussi en Hollande ».

De nos jours ces aspirations ont été de beaucoup dépassées, grâce à la concurrence cosmopolite dans laquelle le développement de la production capitaliste a jeté tous les travailleurs du globe. Il ne s’agit plus seulement de réduire les salaires anglais au niveau de ceux de l’Europe continentale, mais de faire descendre, dans un avenir plus ou moins prochain, le niveau européen au niveau chinois. Voilà la perspective que M. Stapleton, membre du Parlement anglais, est venu dévoiler à ses électeurs dans une adresse sur le prix du travail dans l’avenir. « Si la Chine, dit il, devient un grand pays manufacturier, je ne vois pas comment la population industrielle de l’Europe saurait soutenir la lutte sans descendre au niveau de ses concurrents »[2]« .

MARX K., Le capital, Folio Essais, 2008 (éd. de référence par Maximilien Rubel), p. 654-655.


[1] An Essay on Trade and Commerce, Londres, 1770, p. 44.   Le Times publiait, en décembre 1866 et en janvier 1867, de véritables épanchements de cœur de la part de propriétaires de mines anglais. Ces Messieurs dépeignaient la situation prospère et enviable des mineurs belges, qui ne demandaient et ne recevaient rien de plus que ce qu’il leur fallait strictement pour vivre pour leurs « maîtres ». Ceux-ci ne tardèrent pas à répondre à ces félicitations par la grève de Marchiennes, étouffée à coups de fusil.

[2] Times du 3 septembre 1873.

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One Response to Je touche le RSA, c’est de la faute aux Chinois !

  1. Depuis longtemps j’ai voulu faire un blog WordPress et lire votre post me booste encore d’avantage

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