L’Italie de Silvio, laboratoire programmatique du PPE ?

les deux latin lovers du PPEUn mois avant les élections européennes, la nouvelle avait fait beaucoup de bruit : Silvio Berlusconi, à cause de ses « frasques extra-conjugales » va devoir divorcer. Les plumitifs ont même trouvé un nom qui accroche, sauce américaine : le « Noemigate ». Cette information, qui a priori relève davantage de la presse people que des journaux d’informations, a pourtant été commenté sur tous les tons possibles. Médias français comme médias italiens ont jugé que c’était l’information politique essentielle du mois d’avril. Au même moment, les députés italiens votaient une nouvelle loi sur l’immigration. Curieusement, les médias ont le plus souvent oublié d’expliquer les ressorts de cette loi… Pourtant, c’est bien le vrai programme du PPE qui est expérimenté sur les terres du Cavaliere. Lui au moins dit ce qu’il fait, contrairement à l’UMP qui a surfé pendant toute sa non- campagne sur le thème de « l’Europe qui protège ». Voyons ça de plus prêt, histoire de savoir ce que le « parlement » « européen » le plus à droite de l’histoire prépare pour les salariés extra-européens travaillant sur notre beau continent.

Une attaque contre les immigrés

Berlusconi a justifié cette loi par la volonté de fermer les portes de l’immigration et de ne les entrouvrir « que pour ceux qui viennent pour travailler et s’intégrer. ». Les immigrés sont donc désignés comme étant communautaristes et paresseux. La loi vise à durcir les conditions de vie des sans-papiers en Italie. La carte de séjour se transforme en permis à points, un délit « d’immigration et de séjour clandestins » est créé (jusqu’à 10 000 euros d’amende), les étrangers peuvent être retenus dans les centres de rétentions pendant six mois puis en prison pendant 4 ans s’ils restent en Italie, le mariage et la reconnaissance d’enfant sont de fait interdits aux sans papiers.  Enfin, le célèbre « délit de solidarité » est passible de trois ans de prison. Seule ombre au tableau, l’obligation faite aux médecins et aux directeurs d’école de dénoncer les sans-papiers a finalement été abandonné… Sous couvert de lutte contre l’immigration clandestine, il s’agit donc en fait de désigner l’immigré comme un criminel en soi qui met en péril la nation italienne. Les complices de ce criminel, ce sont bien sûr les associations d’aide aux étrangers. D’ailleurs, la tentative de la Ligue du Nord de faire voter des mesures contre l’immigration dans le cadre d’une loi anti-viol sonne comme un symbole de ce racisme devenu ordinaire.

À travers cette loi, ce sont les droits les plus fondamentaux à l’immigration qui sont détruits.  Comme en France, c’est le droit d’asile qui est en ligne de mire. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si l’Italie vient de signer un accord avec la Libye. En échange de financement pour ce pays où règne la paix, la prospérité et la démocratie, l’Italie s’autorise à expulser automatiquement tous les réfugiés libyens, avant même qu’ils aient pu demander l’asile politique.

Vers un retour du fascisme ?

Principale mesure de cette loi, les milices citadines, qui chassent les immigrés dans des villes du Nord de l’Italie, sont institutionnalisés. C’est une grande victoire pour tous les partis « néo-fascistes » qui organisent ces ronde depuis plusieurs années. Le nom de certaines de ces milices fait froid dans le dos : la Garde Nationale Padane est constitué des « chemises vertes », à Massa en Toscane, la milice se fait appeler du doux nom de SSS pour Secours-Sécurité-Social.

Le virage à l’extrême-droite du gouvernement Berlusconi se situe donc sur tous les terrains. Sur le terrain politique et symbolique, bien sûr, mais aussi sur le terrain de la communication. Car, sa communication politique n’est pas qu’un écran de fumée pour cacher ses réalités politiques. C’est un moyen efficace de battre en brèche les fondements même de la démocratie. C’est d’ailleurs ce qu’observait Angela Davis, figure historique de la gauche américaine, à propos de la communication de Bush :

« Pourquoi les gens sont-ils encore séduits par la fantaisie que suscitent les costumes de cowboys et d’Indiens pour enfant? Ce racisme fait encore partie intégrante de la fantaisie collective, de la psyché collective. Il invite les gens vers un certain type de régression, une espèce d’infantilisation, de sorte que les prises de position politiques s’appuient plus sur les loisirs passifs vécus par la population que sur un engagement informé et la participation active à la vie sociale. L’avilissement des normes du discours politique encourage à se la couler douce plutôt qu’à se redresser et à réfléchir, qu’à se lever et s’engager. »

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