19 Mars, et ça repart !

Par Jean-François Claudon

casse-toiLe 18 mars 1871, les travailleurs parisiens s’opposaient au désarmement de la capitale planifié par l’infâme Thiers et se lançaient sans le savoir dans l’édification du premier Etat ouvrier, salués à juste titre par Marx dans son adresse de l’Internationale intitulée La Guerre civile en France. Le 19 mars 2009 peut-il tenir la comparaison ? Allons-nous nous lancer à l’assaut du ciel, à l’instar de nos ancêtres communards ? Peu de gens le disent, pourtant, c’est l’évidence. Oui, c’est possible ! Yes, we can !

Les manifestations du 19 mars, qui ont rassemblé 3 millions de salariés dans toute la France, prouvent à tous ceux qui veulent le voir, que les jours de Sarkozy sont comptés. C’était l’impression qui se dégageait de tous les cortèges du 19 mars : deux ans, ça suffit ! « Casse-toi, pauv’ con » ! C’était le cri des salariés qui n’en peuvent plus, qui savent que leurs pareils n’en mènent pas plus large… mais qui sont bien conscients qu’en face, on commence à ne plus vouloir. La crise du régime est patente et les fissures apparaissent au sommet de l’Etat entre ceux qui veulent continuer leurs politiques libérales et ceux qui sont prêts à faire quelques concessions au mouvement social. Les supporters de Sarko, le fameux « président du pouvoir d’achat », quittent le navire en train de couler et commencent à comprendre que celui pour qui ils ont voté en 2007 n’était rien d’autre qu’une réincarnation de « super menteur »… Irrésolution d’un côté, enthousiasme de l’autre. L’exemple antillais était dans la tête de nombreux manifestants. La grève générale victorieuse en Guadeloupe crée un précédent, ouvre les possibles et électrise la situation métropolitaine, comme l’a fait en son temps la Révolution américaine, prologue magistral à « notre » grande Révolution de 1789-1794. On a pu l’entendre dans de nombreux cortèges : « un nouveau mai 68 ne suffirait pas, c’est un nouveau 1789 qu’il nous faut » !

Si l’on regarde de près la composition des manifestations de Paris et de Province, on remarque que la mobilisation s’est amplifiée, mais surtout que ce ne sont pas forcément les mêmes que le 29 janvier dernier qui étaient dans la rue. Le 29 janvier, deux chemins se croisaient : le sentier de ballade dominicale imposé à la fonction publique par ses directions syndicales et le parcours hors-piste du privé en lutte. Le 19 mars, c’est cette voie impétueuse, non balisée, qui s’est approfondie. Le secteur privé était une cocotte-minute sous pression depuis des années. On le disait désert syndical, lieu de l’individualisme triomphant, incapable de se mobiliser… On en oubliait l’essentiel : la frustration des travailleurs, qui bossent de plus en plus tout en voyant les fins de mois s’éterniser, et la haine sociale face aux patrons et aux actionnaires qui dévalisent le travail des salariés. La crise n’a pas créé cette situation, elle ne l’a rendue que plus crue et plus insoutenable. C’est pour cela que les ouvriers de chez Continental ont reçu une telle ovation sur leur passage pour aller manifester à Compiègne. C’est pour cela que les salariés venant de milliers de petites boîtes ont débrayé dans la France entière. Le mouvement étudiant n’est pas en reste. Il était également bien présent : politique, responsable et déterminé, malgré l’autisme du gouvernement.

Dans ce contexte, les discours modérateurs éculés se font encore entendre : « souffrez, mais en silence… et attendez 2012 », « n’allez pas trop loin, le débouché politique n’existe pas »… Et les Cassandre de rappeler que Mai 68 a accouché de la chambre des députés la plus réactionnaire de la Vème République et que la mobilisation anti-CPE n’a pas empêché la victoire de Sarko. Précisément : soyons responsables, si nous ne voulons pas que ce soit la droite qui tire les marrons du feu ! Le mouvement social est dispersé ? Les revendications sont spécifiques à chaque secteur en lutte ? Avançons donc le seul mot d’ordre unifiant : 200 euros  d’augmentation pour tous, tout de suite ! Centralisons la mobilisation, au lieu de laisser l’énergie des salariés s’épuiser dans des luttes partielles, locales, qui pourront dégénérer rapidement. C’est maintenant qu’il faut généraliser la grève et préparer une grande manif nationale à l’Elysée, pas au mois de mai. Les directions syndicales nous refont le coup des « journées d’action » dispersées, alors que l’approfondissement du mouvement impose une rupture nette avec le gouvernement et avec le Medef. Sarko nous dit où frapper, puisque ça fait deux ans qu’il répète en gesticulant, « l’Etat, c’est moi ». Alors tous à l’Elysée, pour démettre les copains et les coquins, les Buygues, Boloré et autres Dassault ! Et le débouché politique dans tout ça ? Au risque de choquer, il faut le dire : il existe. Ce n’est ni notre PS déboussolé, ni le PC-PG, trop occupé à sauver l’appareil stalinien du désastre, et encore moins le NPA, incapable de se poser la question du pouvoir. C’est l’union de toute la gauche, rassemblée derrière un programme de transformation, à discuter dès maintenant, partout. Franchement, niveau démocratie participative, les AG, c’est quand même mieux que les forums internet, non ?

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