Droits des femmes et transformation sociale

Par Jean-François Claudon

manifestation de femmes iraniennesLe 8 mars, « journée de la femme », on peut parier que vous allez rencontré au moins une féministe de façade ou un vrai-faux-macho, qui vous ont expliqué doctement qu’ils sont contre une telle célébration du « second sexe », oppressé pendant tout le reste de l’année. Chaque année, ça ne rate jamais… Mais si on s’intéresse de plus prêt à la création de cette « fête », on se rend compte qu’elle a été conçue à l’origine comme une authentique tentative pour mobiliser les femmes afin qu’elles puissent conquérir de nouveaux droits et le premier d’entre aux qu’est la droit de vote.

Ainsi, en 1910, c’est la grande militante allemande Clara Zetkin (1) qui propose, lors de la conférence internationale des femmes socialistes, la création d’une « journée internationale de la femme ». Et dès 1911, les premières manifestations sont organisées en Europe et ont pour slogan la défense des droits des femmes travailleuses. Si la date n’est pas fixe dans les premières années, la journée du 8 mars s’impose comme date commémorative à partir de 1917, puisque c’est ce jour que les femmes de Petrograd, aux cris de « la paix et du pain ! », ont lancé la dynamique révolutionnaire qui allait renverser le Tsar et rendre possible « l’Octobre russe », quelques mois plus tard. A condition que l’on célèbre les femmes au nom de leur combat pour l’émancipation, la paix et la transformation sociale, il apparaît donc que tout(e) féministe et socialiste se doit de faire du 8 mars un jour de commémoration de l’émancipation des femmes, mais également un jour de revendications sociales unifiantes.

Autre grand moment pour les femmes et pour leur émancipation : la Révolution française, ce qui met en évidence le lien indissoluble entre droits des femmes et transformation sociale. De nombreuses femmes de la bourgeoisie, mais aussi du peuple, prennent part aux différents débats politiques du moment. Condorcet se prononce dès juillet 1790 sur « l’admission des femmes au droit de cité », tandis que Olympe de Gouges, publie en septembre 1791 une déclaration des droits de la femme et de la citoyenne affirmant que « la femme, [qui] a le droit de monter sur l’échafaud […], doit avoir également celui de monter à la tribune » (2). Les droits des femmes apparaissent avec la reconnaissance du mariage comme un « contrat civil », avec le fait que l’adultère ne soit plus réprimé par le code civil de 1791, avec l’institution du divorce en septembre 1792… Si les textes juridiques et théoriques n’atteignent que peu les femmes du peuple parisien, il n’en reste pas moins que ces travailleuses participent activement aux fameuses « journées révolutionnaires » des années 1792-1795, exigeants le plus souvent du pain et une radicalisation politique. En fait, les femmes « n’apparaissent pas à côté du mouvement populaire, mais bien comme y étant incluses, formant sa composante féminine, qui peut se singulariser ou se fondre dans un ensemble plus large, mais de toute façon ne s’en coupe jamais, en reste fondamentalement une partie » (3). Cette ébauche de participation à la vie politique amène certaines femmes à mettre en avant des positions clairement féministes, alors que leurs congénères ne sont même pas des citoyens de plein droit. Ainsi, Mme Desmoulins affirme, en 1792, que la femme « est très capable […] d’exercer une infinité de place occupées jusqu’à présent par des hommes ; ne serait-il pas possible et juste, d’abolir cet usage, et de donner aux femmes des emplois qui seraient à leur portée » (3). Pour saluer ce courage et cette modernité, un jour de célébration ne semble pas de trop…

On le voit, émancipation des femmes et lutte pour la transformation sociale vont de paire. Les grandes avancées pour les droits de la femme ont eu lieu dans des phases de bouleversements sociaux, dans lesquels les travailleuses ont pris une part active. Il semble même que l’on peut entrevoir l’apparition d’une période proprement révolutionnaire quand les femmes arrivent collectivement au devant de la scène. Mais de là à voir en Ségo une nouvelle Olympe de Gouges ou une nouvelle Clara Zetkin…

(1) 1857-1933. Amie de Rosa Luxemburg, elle est présentée comme « militante féministe, directrice de Die Gleichheit » (journal social-démocrate, qui fut le journal féminin le plus lu de l’époque !), puis comme « parlementaire communiste ». Voir DROZ J. (dir.), Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier international. L‘Allemagne, Editions ouvrières, Paris, 1990.

(2) Voir BLANC O., Une femme de libertés. Olympe de Gouges, Syros, Paris, réed. 2003.

(3) GODINEAU D., Les citoyennes tricoteuses. Les femmes du peuple à Paris pendant la Révolution française, Aix en Provence, 1988, p.122 .

(4) Mme Desmoulins, « Motion en faveur du sexe », cité dans HARTEN E. & H.-S., Femmes, cultures et révolution, Des femmes, Paris, 1989, p. 214.

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