Vive Siné… et merci Val !

siné relaxé !C’était le feuilleton de l’été. « L’affaire », même. Pour les potes de Siné, dont nous étions, il fallait défendre la liberté d’expression coûte que coûte et laisser gueuler cet olibrius qui nous fait si souvent marrer. Pour les marchands d’antisémitisme, il s’agissait à l’inverse de salir en Siné le militant antiraciste et le défenseur inconditionnel de la cause palestinienne. Ces « intellectuels » dont l’antisémitisme est le fond de commerce avaient noué une alliance de circonstance avec Val, ce petit chef médiocre qui voulait définitivement tourner la page du Charlie impertinent et transformer le canard du tandem Cavanna-Siné en journal néo-conservateur au service de son ambition sans limite. C’est pour cette raison que Val n’avait jamais pardonné à Siné d’avoir appelé à voter Non lors du TCE. La campagne de presse a été violente pendant toute l’été dans les médias officiels. En réalité, elle fut aussi violente que la campagne alternative de soutien à Siné n’a été vigoureuse. Retour sur cette affaire, pas si anecdotique qu’elle n’en a l’air…

Lors du procès de Robert Sinet à Lyon pour « incitation à la haine raciale », le procureur, réclamant la relaxe, a affirmé que « la lecture de ces chroniques, on ne peut pas la faire en faisant abstraction de l’hebdomadaire dans laquelle elles ont été publiées. Charlie Hebdo est un journal satirique, on est sur le terrain de la provocation ». Le président du tribunal l’a suivi et la sentence innocentant Siné est claire : « le tribunal considère qu’il s’est autorisé à railler sur le mode satirique l’opportunisme et l’arrivisme d’un homme jeune, engagé sur la scène politique et médiatique. Il ne creuse pas le préjugé antisémitisme ». Le jugement se permet même de se moquer ouvertement de Philippe Val, en reprenant à son compte la phrase qu’il avait prononcée à l’occasion du procès des caricatures de Mahomet : « Le crime est dans l’œil de celui qui lit »…

« Très prudent à l’égard de témoignages à charge qui voulaient trouver, par-delà l’explicite, des messages implicites, le tribunal rappelle que les restrictions à la liberté d’expression appellent une interprétation étroite », raconte LibéLyon.

 

 

Ce qu’ils ont vraiment dit :

 

Siné, dans Charlie Hebdo : « Jean Sarkozy, digne fils de son paternel et déjà conseiller général UMP, est sorti presque sous les applaudissements de son procès en correctionnelle pour délit de fuite en scooter. Le parquet (encore lui !) a même demandé sa relaxe ! Il faut dire que le plaignant est arabe ! Ce n’est pas tout : il vient de déclarer vouloir se convertir au judaïsme avant d’épouser sa fiancée, juive, et héritière des fondateurs de Darty. Il fera du chemin dans la vie, ce petit ».

 

BHL, dans Le Monde du 21 juillet 2008 : « Voilà un humoriste – Siné – qui donne à son journal une chronique où il dit, en substance, que la conversion au judaïsme est, dans la France de Sarkozy, un moyen de réussite sociale. […] Ce qui compte ce sont les mots. Et ce qui compte, au-delà des mots, c’est l’histoire, la mémoire, l’imaginaire qu’ils véhiculent et qui les hantent. Derrière ces mots-là, une oreille française ne pouvait pas ne pas entendre l’écho de l’antisémitisme le plus rance »

 

A. Adler, dans Le Figaro du 25 juillet 2008 : « Qu’est-ce qui unit de part le monde un islamiste marocain, un communiste russe déçu, un pasteur africain-américain ségrégationniste à l’envers, un intellectuel anglais semi-aristocratique et antiaméricain… et un adversaire rabique du président Nicolas Sarkozy, qui voit en lui l’inacceptable promotion de l’étranger ? L’antisémitisme sert ici de ciment à un authentique vertige identitaire. […] Mais revenons un instant sur la haine antisarkozyste : on aura beau rappeler que le président n’est ni juif par la religion ni même très majoritairement par l’origine, de même qu’on constatera que le président s’est illustré depuis un an par une attention sans faille aux difficultés du monde arabe et a incarné, parfois à tort à mon avis, un recentrement assez sceptique de la politique européenne de la France : qu’importe, dans une mondialisation impétueuse que certains, à droite comme à gauche, vivent comme une agression permanente, un homme, Nicolas Sarkozy, proclame, sans cesse, qu’il est une opportunité pour une France qui peut se secouer de la rancœur petite-bourgeoise de la corporation et de l’éloge de la paresse, et voici que les antisémites, comme un essaim de mouches, s’en prennent à sa personne, ou, le cas échéant, à celle de son fils ».

 

L. Joffrin, dans Libération du 25 juillet 2008 : « Réprouver l’intégrisme musulman et dénoncer le pouvoir supposé des juifs ce n’est pas la même chose. On est anti-intégriste dans le premier cas, raciste dans le second. On choisit sa religion, on ne choisit pas sa race ».

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