à Davos comme à Paris : le salaire, voilà l’ennemi !

Par Jean-François Claudon

 

Forum de DavosIl y a des jours où l’on croit rêver, tant la mauvaise foi humaine semble pouvoir tendre vers l’infini ! Surtout lorsque la grande délinquance mondiale -comprenez le gratin capitaliste- se réunit pour faire bombance et, accessoirement, parler des problèmes du monde. Crise économique oblige, le cru Davos 39ème du nom a été exceptionnel : consternation, contrition, condescendance, bref, beaucoup de conneries proférées au mètre carré.

Devant l’auguste assemblée, autoproclamée « sanatorium du monde », le créateur d’un fonds de private equity a affirmé : « Si nous en sommes là, c’est que nous nous sommes trop focalisés sur le profit ». Quel diagnostic judicieux ! Dommage qu’il soit formulé près d’un an en retard… Autre exercice de contrition davosienne frisant l’abject : un jeu de rôle grandeur nature a été organisé sur le site afin de permettre aux puissants de ce monde de vivre, pendant une après-midi, le quotidien d’un réfugié avec geôlier, nourriture avariée, frustrations diverses. Davos, c’est un peu le « Vis ma vie » de pauvre pour les ultra-riches ! Si ça, c’est pas du séjour éthique…

D’après le Canard Enchaîné du 11 février, reprenant un article des très capitalistes Echos, « un appel au remboursement de tous les bonus de Wall Street a été applaudi » par des congressistes unanimes ! Scène ubuesque, totalement inimaginable il y a quelques mois… Autant imaginer un cardinal dénonçant le train de vie de l’Eglise, ou un général d’armée stigmatisant la hiérarchie militaire ! Tout cela est bien sûr grand-guignolesque. Ils ne changeront rien. Ils ne peuvent pas changer, car le système économique qu’ils prônent est fondé sur le profit. Ce n’est pas la cupidité des actionnaires qui impose des taux de profits faramineux. C’est le capitalisme lui-même. Comment imaginer une seule seconde que ceux qui n’ont rien vu, rien pressenti, vont nous sauver de l’abysse dans lequel ils nous ont joyeusement plongés ? Il y aura encore de belles paroles, des intentions louables, des projets humanistes, mais ILS NE FERONT RIEN, car les seules solutions (augmentation des salaires, contrôle drastique des marchés financiers, réengagement de l’Etat…) représentent tout ce contre quoi ils luttent. Les solutions, c’est ce qu’ils ont patiemment détissé, telle Pénélope attendant Ulysse, depuis le début des années 1970. Comment faire confiance à ces pyromanes?

Autre affabulation de libéral dans la tempête : celle de Sarko proposant, comme si cela allait de soi, de consacrer un tiers des bénéfices d’une entreprise aux salariés. Guillaume Duval, rédac chef d’Alternatives économiques, l’a pris au mot et s’est amusé à refaire les calculs. Résultats éclairants : en 2006, les actionnaires ont reçu 75 % des bénéfices des entreprises françaises… Bref, seules des miettes reviennent aux salariés (15 %) et à l’investissement (à peine 10 %). Vu le fossé entre la situation réelle et le projet des trois tiers, Sarko, à l’instar de ces petits camarades de Davos, apparaît comme un dangereux ultra-gauche ! Bien sûr, il ne s’agit que de la poudre aux yeux. Tous ces calculs d’apothicaires, à Davos comme à Paris, ont pour seule fonction d’éviter de prononcer le mot qui fâche, le mot qui concrétise la lutte entre notre classe et la leur : les salaires ! Bonus, prime, intéressement… ne sont que des voiles qui masque la réalité : ILS NE FERONT RIEN, car ils représentent le camp adverse. Leurs douces paroles ne sont là que pour nous endormir.

Ils ne nous rendront jamais d’eux-mêmes ce qu’ils nous volent depuis plus de trente ans. Ce sera à nous de le reprendre, car « l’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes ».

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