De l’eau dans le gaz entre l’Europe, l’Ukraine et la Russie.

 

Par Cédric Gouin, Animateur Fédéral de l’Allier

 

La crise en elle-même

 

Cette crise est en apparence de nature commerciale, Moscou et Kiev se disputant sur les tarifs du gaz russe transitant par l’Ukraine. En fait, il s’agit d’une crise totalement politique, révélatrice du renversement dans les rapports de force entre les grandes puissances impérialistes, renversement provoqué par la crise économique mondiale.

Depuis la fin de l’année 2004 et la « révolution orange », l’Ukraine est sortie de la zone d’influence russe pour tomber dans celle des Etats-Unis, ce qui a eu deux conséquences de taille :

– la démocratisation accélérée du pays (même s’il reste de gros problèmes de corruption) ;

– une tentative de libéralisation forcenée de l’économie ukrainienne massivement rejetée par la population.

Depuis lors, dans le but de déstabiliser son voisin, trop proche des Américains aux yeux du Kremlin, la Russie appuie sur le maillon faible de l’Ukraine, à savoir sa forte dépendance au gaz russe. La clique moscovite, experte dans le domaine de la manipulation de masse, espère ainsi amplifier le désordre économique qui touche l’Ukraine, pour récupérer ce qui peut encore l’être.

C’est dans cette situation qu’a éclaté la crise financière qui a pour conséquence de mettre l’hyperpuissance américaine à genoux, privant du même coup l’Ukraine de son nouveau protecteur. Cette nouvelle donne internationale n’a pas échappé à la Russie qui avait déjà profité de l’affaiblissement américain pour « punir » les Géorgiens de lui avoir tourné le dos, en août dernier. Les Russes ont donc brutalement mis un terme aux réductions dont profitait l’Etat ukrainien sur les tarifs gaziers. Les Ukrainiens ne pouvant plus payer, ils furent alors contraints de « voler » le gaz destiné à l’Europe transitant par leur pays… La Russie n’attendait que ça pour lancer l’escalade qui nous conduit à la situation actuelle, où plus personne n’est approvisionné en gaz.

 

 

Le rôle de l’Europe

 

Alors que nous sommes plongés en pleine crise, les diplomaties européennes refusent toutes de traiter cette affaire autrement que comme un conflit commercial. Pas une chancellerie ne cherche une solution politique au problème. L’agité qui nous sert de président n’a même pas bougé le petit doigt, ni la rollex, en ce sens… Dans ce silence assourdissant, pas étonnant que les négociations échouent !

Si nous voulons trouver une solution au problème que pose le réveil de l’impérialisme russe, il ne servira à rien de le nier ou -pire- de chercher l’affrontement avec lui, la stratégie de l’encerclement conduite par les Etats-Unis nous ayant déjà mené à la situation présente. Au contraire, seule une perspective d’intégration de toute la région dans une Europe démocratique, qui aura rejeté le libéralisme économique, peut éviter l’escalade. Pour ce faire, l’Europe devra vivre sa propre « révolution » et replacer sous contrôle public les échanges commerciaux et financiers. Cette réappropriation par les peuples européens de ces flux si politiques nous donnera sans nul doute les outils pour « pousser » la Russie dans la bonne direction.

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