Notre Mouvement face au désastre libéral

 par Jean-François Claudon et Ugo Bernalicisump

  Ca y est, camarades ! Nous étions nombreux à le prévoir : la crise est à nos portes. Non pas qu’il faille se réjouir de la situation actuelle, car le salariat n’a jamais gagné à subir une dépression économique  dont il a toujours été la première victime ; regardez 1929 et le choc pétrolier de 1973… Mais, tandis que notre classe va souffrir en première ligne, nous aurons au moins le prix de consolation. L’analyse politique élaborée par notre organisation était juste : le capitalisme vit une nouvelle crise qui n’a rien d’une crise de croissance.

 

C’est au contraire une dépression généralisée dont Marx avait révélé les mécanismes il y près de 150 ans. Les profiteurs se sont gavés comme des cochons depuis la fin des années 1990, aidés qu’ils étaient par la chute du stalinisme et par  l’ouverture de la Chine prétendument « communiste » et ont fini par assécher les recettes d’Etat, sans pour autant investir dans le capital productif. La spéculation effrénée de ces dernières années a parasité le système économique au point de faire de l’investissement productif un gros mot tout juste aussi insultant que le qualificatif d’« ouvrier ». Et qui sème le vent récolte la tempête. Ils ont tout détruit sans rien construire, car telle est leur nature. N’est en cause ni les « patrons voyous », ni de la fameuse « main invisible » du marché -fantasmes de droite trop souvent récupérés par la gauche-, mais la totalité du mode de production capitaliste, premier de la classe depuis l’exclusion de son camarade soviétique. Et cet élève que l’on pensait modèle a tout foutu par terre en moins de vingt ans. Beau camouflet pour les « socialistes modernes » qui sont devenus depuis longtemps les thuriféraires du marché et de « la concurrence libre et non faussée » !  La crise qui frappe à la porte de la vieille Europe montre que la servilité à l’égard des Etats-Unis et de l’idéologie libérale n’est plus de mise.

 

 

            L’autre donnée de la situation politique actuelle, c’est la situation pitoyable de notre gouvernement. Depuis les élections municipales, Sarko & Cie sont suspendus en l’air et ne disposent plus des soutiens sociaux sur lesquels ils s’appuyaient jusque là. Les cathos traditionnels, les vieux et les déçus du « travailler plus pour gagner plus » faisant défaut depuis les élections municipales, le pouvoir sarkoziste a enfin la tête de ce qu’il est réellement, à savoir d’un pouvoir bonapartiste qui tente de se positionner au-dessus des classes sociales. Mais l’arbitre n’est pas neutre. Sarko le petit, défenseurs des sans-grade, des ouvriers et des employés a enfin dévoilé son vrai visage : il n’est que l’ami des puissants, des actionnaires et des patrons. L’Etat-UMP ne représente pas plus de 5 % de la population française. Il est illégitime et il est plus que temps de le démettre. Voilà quel devrait être le mot d’ordre du MJS. Il y 16 mois, nous étions les premiers à dire que la victoire de Sarko, emportée par défection de l’adversaire, n’était pas synonyme de droitisation de la société[1]. Le score de notre parti et de l’extrême gauche l’a prouvé lors des dernières élections. Il y a bel et bien une volonté d’organisation et de centralisation politique -bien qu’en partie inconsciente- de la force sociale qui s’oppose concrètement à Sarko et sa bande. Le mouvement de fond qu’a exprimé le non de gauche au TCE en 2005 et la lutte de la jeunesse contre le CPE en 2006 ne sont que la face visible de l’iceberg. 

 

                                      A la conjonction de l’arène internationale et du niveau national, un constat s’impose. Nous vivons un moment décisif de l’histoire de l’humanité où le slogan « socialisme ou barbarie » prend tout son sens. Finies les vieilles recettes sociales-démocrates de compromis bancal. Depuis les années 1970, ils nous marchent dessus sans aucune gêne. Alors qu’ils sont en position de faiblesse, pourquoi serions-nous courtois face à ceux qui écrasent de leur talon de fer depuis si longtemps. Arrêtons les politesses ! Ceux qui nous montrent la voie ne sont pas les adeptes du modèle scandinave à bout de souffle, mais bien nos camarades d’Amérique du Sud. Notre mouvement le dit depuis 2005 et il a bien raison ! Enfin, l’argument des modérés ne tient plus ! Nous ne sommes plus seuls à chercher l’alternative au capitalisme et notre voie n’a rien d’utopique, puisque le Venezuela et la Bolivie sont en train de l’emprunter vaillamment. Une lueur se lève cette fois à l’Ouest et brandit le drapeau du socialisme démocratique et internationaliste. Ce serait une erreur et une faute que de mépriser cette main tendue depuis l’autre bord de l’Atlantique. Au MJS de montrer la voie de la lutte frontale contre le libéralisme et l’impérialisme dans notre « vieille Europe ». A l’infime minorité capitaliste qui -faute de mieux-, ne pouvant plus avilir davantage le “coût” du travail, préfèrent nous mener à une guerre généralisée leur permettant de retrouver des taux de profits honorables sur les ruines de la civilisation humaine, nous répondons que nous disposons d’un programme alternatif : celui qui défend les intérêts de l’immense majorité de la population. Hausse des salaires, défense des retraites par répartition, renforcement du salaire socialisé, priorité exclusive à l’éducation, renationalisation des entreprises totalement ou partiellement privatisées : tels doivent être nos mots d’ordre, ceux d’une gauche décomplexée ! Face à un parti déboussolé, où le désarroi militant côtoie la tentation d’épauler Sarko dans une nouvelle mouture de l’« Union sacrée », le MJS doit donner le cap. Nous sommes fiers d’appartenir à cette organisation qui est la seule à pouvoir redresser la ligne du parti et à débattre des conditions de l’alternative. Mais le MJS doit pousser ses mots d’ordre jusqu’au bout, dans un monde où le compromis n’est plus de mise. Telle est la responsabilité de notre organisation. Telles sont les tâches que nous nous assignons.

 

            Dans le domaine international, le MJS voit un boulevard s’ouvrir devant lui. Alors que les grands impérialismes s’affrontent dans le Caucase et en Orient, sur fond d’épuisement des ressources énergétiques planétaires, notre discours se doit d’être clair. A commencer par l’Afghanistan. A la mi-août, toute la nation a été touchée par ses dix gamins qui se sont fait tirer comme des lapins, alors que la supériorité technologique et tactique de notre armée était évidente. Si l’aveuglement de nos classes dirigeantes n’était pas total, l’hécatombe d’août suffirait à montrer la vanité des entreprises françaises dans cet « Orient compliqué », dans lequel les pioupous n’ont décidément rien à faire. Karzai n’est en rien un rempart de la démocratie. Il n’est rien d’autres que ce qu’il est :  un valet de l’impérialisme américain, un fidèle du criminel Dick Chesnay et un fantoche plus que commode pour les assoiffés de pétrole. Rien de bon ne sortira de cette guerre puante qui touche les populations civiles dont Bush n’a cure et qui fait toutes les semaines de nouvelles victimes. Rien de bon ne sortira de ces bombardements, censés affermir la démocratie, mais qui poussent tous les jours de nouvelles recrues dans les bras des talibans. Il est criminel de vouloir maintenir la présence militaire française, voire d’envoyer de nouvelles troupes, alors qu’une note de l’ambassadeur britannique à Kabul, reprise par son homologue français[2], affirme nettement que “la situation actuelle est mauvaise. La sécurité empire, mais aussi la corruption et le gouvernement a perdu tout crédit”. D’après ce document, “la présence […] de la coalition est une partie de problème, non sa solution”, puisque les forces d’occupation “ralentissent et compliquent une éventuelle sortie de crise (probablement dramatique d’ailleurs)”. Face à cette curée capitaliste, qui donne du grain à moudre à la barbarie obscurantiste, notre position doit être la plus ferme possible. Nous ne disons pas rapatriement programmé de nos troupes, ni calendrier de retrait, comme le souhaiteraient les élites britanniques qui ont bien l’intention de partir avant 2010. Ces gens-là ne se soucient pas des morts, des blessés et des villages détruits d’ici là… Un seul mot d’ordre : retrait immédiat des troupes françaises d’Afghanistan ! A bas la busherie ! En son temps, le MJS autonome des débuts avait, à juste titre, lutté contre l’armée professionnelle imposée par Chirac. Imaginez la réaction de la jeunesse si le contingent avait été envoyé à Kabul… Nous devons être cohérents avec nous-mêmes. Ce que la population unanime refuserait pour la jeunesse tout entière si la conscription avait été maintenue, nous ne pouvons le tolérer pour les milliers de pauvres gars qui, enlevé leur armement ultrasophistiqué, ne sont rien d’autre que de jeunes travailleurs en uniforme…  Nous ne devons accepter aucun atermoiement. La seule position juste, celle qui devrait être celle de toute notre organisation tient en quelques mots : retrait immédiat des troupes, aucun soutien aux multinationales criminelles !

 

            Notre Mouvement doit donc s’opposer à toute velléité d’Union sacrée avec la droite, que ce soit dans sa politique extérieure ou dans son action socio-économique intérieure. Le “pôle conviction” du MJS a enfin édité des fiches argumentaires analysant le RSA ou encore les raisons de la crise ; autant de moyens mis en place pour s’opposer efficacement. Quand Sarko assure vouloir identifier et punir “les responsables de ce désastre”, il est en train de scier la branche sur laquelle lui et son camp social son assis. Qui a “vidé” les caisses publiques pour enrichir ceux qui l’étaient déjà ? N’est-ce pas la droite avec ses inénarrables “baisses de charge” pour les entreprises et avec son “bouclier fiscal” ? Qui croit dur comme fer que “l’économie de marché, c’est la concurrence qui réduit les prix, qui élimine les rentes (sic !) et qui profite à tous les consommateurs”[3] ? Ce même Sarkozy qui voudrait maintenant réformer le capitalisme ! Il n’y croit pas une seule seconde, car il est un intégriste libéral pur jus. Il ne se rend même pas compte que le capitalisme n’est plus concurrentiel depuis plus de cent ans. Nous vivons dans un capitalisme monopolistique, fait d’entente et de cartel entre les multinationales pour faire monter les prix, comme l’ont montré au début du siècle des grands socialistes tels que R. Hilferding, R. Luxemburg puis Lénine[4]. Sarko veut débusquer les responsables de la crise ? Chiche ? Il faudrait dans ce cas mettre au trou tous ceux qui dirigent notre pays depuis près de 10 ans ! Pourquoi notre organisation ne lancerait-elle pas une grande campagne sur ce thème ? Car les responsables, ce ne sont pas les spéculateurs -c’est leur boulot de créer du profit artificiel-, mais les politiques de dérégulation qui leur ont permis de marchandiser un à un tous les secteurs économiques depuis les années 1970. Nous ne devons avoir aucune solidarité avec nos impérialistes qui utilisent notre argent pour s’engraisser. Regardez les Américains : même eux, ils n’ont aucune envie de payer les pots cassés capitalistes !

 

            Notre feuille de route de jeunes socialistes est donc claire. Soyons une vraie gauche décomplexée ! Utilisons nos argumentaires, prenons position, lançons une campagne sur le thème des “responsables du désastre”. Et surtout, mettons en avant notre solution pour la jeunesse en ces temps de crise économique imminente : l’allocation-autonomie. Une aide universelle pour tous les jeunes qui leur assure des moyens pour financer leur formation sur le long terme et qui sera payée, selon le MJS, par une partie des “20 milliards d’euros de cotisation dont bénéficient les entreprises et dont une grande partie est censée lui permettre d’embaucher des jeunes[5]”. La boucle est bouclée, ce sont aux “responsables” de la crise de payer pour l’avenir !


[1]    Voir le n° d’Unité de mai 2007.

[2] Note publiée par le Canard Enchaîné du 01/10/2008.

[3]    Propos d’un certain N.S. Repris par Paul Quilès sur son blog http://paul.quiles.over-blog.com/article-23191551.html

[4]    HILFERDING R., Le capitalisme financier, 1910 et LUXEMBURG R., L’accumulation du capital, contribution à l’explication économique de l’impérialisme, 1913.

[5]    Note du MJS au PS sur le “statut social” pour les jeunes en formation, mas 2006.

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