Etats-Unis : pour la défaite de la droite Bush-Mc Cain-Palin

usaseptembre 2008

par Julien Guérin

 

 

La convention du parti démocrate qui s’est tenue à Denver aux EtatsUnis et a officialisé l’investiture de Barack Obama comme candidat à la présidence. L’élection aura lieu le 4 novembre prochain. La candidature d’Obama, premier Noir à postuler à la présidence de la puissance impériale, a soulevé depuis plus d’un an beaucoup d’espoir chez les progressistes du monde entier. En tant qu’internationalistes, nous devons évidemment suivre avec intérêt l’évolution politique et sociale outre Atlantique.

Depuis 2001, la politique du pitoyable Bush est une catastrophe pour les salariés et immigrés des Etats-Unis mais aussi pour les peuples du monde entier, il est temps de tourner la page. Beaucoup d’Américains aspirent à une meilleure redistribution des richesses, à la fin de l’aventure néo colonialiste en Irak ou à la mise en place d’une couverture sociale digne de ce nom. Depuis quelques mois, beaucoup ont été touchés de plein fouet par la crise des sub primes, ruinés et jetés à la rue par la rapacité de ce système capitaliste qui broie tout sur son passage. On a vu, dans le même temps, renaître une certaine combativité sociale et ouvrière face aux licenciements, pour des augmentations de salaires et de meilleures conditions de travail et même contre la guerre en Irak. Le 1er mai dernier, des milliers de dockers des ports de la côte Ouest des EtatsUnis (San Francisco notamment) se mettent en grève et demandent le retrait des troupes d’Irak et d’Afghanistan. Des grèves ont aussi éclaté dans différents secteurs : les chauffeurs et les transporteurs à New York sur la question des salaires, les intermittents de la chaîne MTV mais aussi les scénaristes d’Hollywood qui ont, pendant plusieurs mois, paralysé la production de films et de nouveaux programmes ! Du jamais vu dans le temple de la société du spectacle et de l’argent roi ! Malgré des appareils syndicaux amorphes et ralliés à l’ordre néo libéral, les travailleurs américains savent eux aussi s’organiser et se battre pour défendre leurs intérêts.

La candidature d’Obama (même contre son gré) s’inscrit dans ce cadre, il est apparu pour beaucoup comme l’incarnation d’une autre politique que celle conduite par Bush, comme celui qui pouvait mettre fin au règne de ce clan de mèche avec la droite religieuse la plus rétrograde et réactionnaire. Opposant à la guerre en Irak dès 2002, Obama a su rallier à lui le mouvement anti guerre (notamment les jeunes) actif depuis cinq ans même si, depuis quelques semaines, il a tempéré nettement ses positions quant au retrait immédiat des troupes de l’Oncle Sam en Irak…

Cependant, c’est cette position antiguerre assumée qui lui a permis de s’imposer dans la course des primaires démocrates. Son positionnement sur le libre échange et la nécessaire protection des industries face à la concurrence et à la course au moinsdisant social et fiscal permanent ont aussi contribué à installer sa crédibilité. Sur les questions sociales, sa ligne politique n’a cependant rien de révolutionnaire, elle n’est pas plus hardie que celle défendue par son ex-rivale Hillary Clinton. Certes, il défend l’extension de la couverture médicale aux plus démunis mais ne parle pas de redistribution, ni d’augmentation de salaires et encore moins de service public… Il ne faut donc pas faire de contresens sur la candidature Obama car, au-delà du symbole, elle se situe parfaitement dans la lignée de ce que fut toujours la politique du parti démocrate américain : pâlement réformiste et ne s’attaquant jamais au fondement du système libéral. En l’absence d’un authentique parti de gauche, les démocrates jouent néanmoins le rôle de force d’alternance (et non d’alternative) pour les syndicalistes, les jeunes, et tous ceux qui ne veulent pas subir quatre années supplémentaires la politique agressive de républicains plus libéraux encore. Mac Cain, successeur de Bush, n’en est qu’une copie conforme malgré un habillage sémantique moins abrupt. Il faut donc nourrir assez peu d’illusions sur Obama, sa politique demeurera fidèle aux intérêts des grandes multinationales américaines grandes pourvoyeuses de fond du parti démocrate.

De même, sur la politique étrangère on ne peut pas non plus parler d’une réelle rupture dans la mesure où il a annoncé le renforcement de la présence américaine en Afghanistan, un retrait de plus en plus hypothétique d’Irak et a menacé l’Iran à plusieurs reprises. Nous souhaitons cependant de toutes nos forces la défaite du bushisme et de son candidat ! Malgré les limites évidentes de la candidature Obama, beaucoup d’électeurs vont certainement s’en saisir pour se débarrasser des républicains. C’est d’ailleurs là que le bât blesse pour les candidats de la gauche radicale, parmi lesquels on compte notamment l’écologiste Ralph Nader. Celui-ci, opposant résolu à l’aventure impérialiste en Irak, favorable à une approche des questions sociales plus favorables aux salariés, n’est cependant pas le socialiste dépeint par certains. Il reste partisan de l’économie de marché et ses liens avec le mouvement syndical et social sont moins étroits que ceux entretenus par l’aile gauche du parti démocrate. Il risque d’être victime du vote utile et de l’attraction exercée par Obama chez les noirs et les jeunes. Néanmoins, la pression qu’il exerce sur le parti démocrate est fort utile tant les tendances droitières et conciliatrices (notamment sur les questions militaires) sont puissantes en son sein.

Oui nous voulons la défaite de Mc Cain et des républicains car il représente l’Amérique que nous combattons et combattrons, celle que nous aimons c’est celle des campus des années 70 vent debout contre la guerre au Vietnam, des ouvriers et des dockers en grève pour des augmentations de salaires, des mères qui pleurent la mort de leurs enfants dans ces boucheries imbéciles que sont l’Irak et l’Afghanistan et qui s’organisent pour le retrait immédiat des troupes ou des admirables militants luttant pour l’égalité et les droits civiques depuis plus d’un demi siècle. Au-delà d’Obama, la défaite de la droite américaine en novembre prochain sera dans tous les cas un encouragement pour ceux qui résistent et luttent aux Etats-Unis et dans le monde contre l’impérialisme, l’arrogance patronale et le libéralisme que l’on veut nous imposer par tous les moyens.

Julien Guérin (43)

 

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