Afghanistan : il est temps de se barrer !

septembre 2008

par Renaud Chenu, Robert Tourcoing

 guerre

 

Celui qui a tué nos 10 pioupious, c’est à l’évidence Sarkozy et une petite bande de généraux braillards, très courageux depuis leurs bureaux, qui ont voulu faire plaisir à la Maison blanche et précipiter ce fameux choc des civilisations qu’ils désirent plus que tout.

Dix types qui s’étaient engagés pour servir le France et la liberté (version Paris Match), pour contribuer à la stabilisation dans un contexte postcrise (version Le Monde), pour agresser l’oumma musulmane (version radio taliban)… En fait, tout simplement, des jeunes gens ordinaires, qui probablement ne savaient pas bien quoi faire dans leur vie, n’avaient pas trop d’argent, voulaient voyager et étaient fiers comme Artaban qu’on leur donne un joli petit fusil pour eux tout seul. On leur bourre le mou dans l’avion qui les amène, en gueulant « liberté » et « barbarie » avec des claquements de talonnettes, et hop débrouillez-vous dans l’HindouKouch pendant que vos supérieurs boivent des cafés et causent aux journalistes dans les bureaux climatisés de la base.

A l’évidence, le régime en place à Kaboul n’est qu’un rassemblement de marionnettes corrompues occupées à se remplir les poches au plus vite avant l’effondrement final, prévisible d’ici 5 à 10 ans. Dans l’entourage de Karzai, lui-même ex-consultant pour une boîte pétrolière américaine, on trouve un joli mélimélo  : certains sont à peine sortis de prisons américaines pour trafic de drogue, d’autres sont des bandits de grands chemins que l’on baptise « seigneurs de guerre », d’autres sont des exilés de toujours et parlent à peine les langues locales, d’autres encore sont de petits autocrates féodaux ou religieux arborant barbe et turban. Que faire de tout ceci ? Réponse : un bon coup de balai.

Le problème, c’est que dans la configuration actuelle, le coup de balai ne sera pas donné par des progressistes, mais par la seule force sociale organisée qui concurrence ce régime : les talibans. Leur ligne politique, assumée et affichée, est très claire : établir à nouveau une théocratie sunnite totalitaire à base ethnique pachtoune. Une fois les paras multinationaux partis, ce sont les minoritaires qui vont déguster : les chiites duodécimains (obédience majoritaire en Iran) et septimaniens (obédience des ismaéliens, reconnaissant l’Aga Khan comme 49ème Imam légitime), les groupes ethniques minoritaires (tadjiks, hazaras, ouzbeks, turkmènes, etc.), ainsi que les couches sociales plus ou moins sécularisées (une partie de la jeunesse, des intellectuels, des artistes, et plus généralement les populations des villes).

Donc, nous avons le choix entre la peste et le choléra. La peste, c’est un régime fantoche, pur produit impérialiste, retranché dans ses palais et ses casernes, pompant sans vergogne le pognon de l’aide au développement, vérolé par l’omniprésence d’ONG inefficaces peuplées d’expatriés souvent alcooliques et surpayés. Le choléra, c’est le pouvoir des barbus, les femmes enfermées, la culture nivelée au bulldozer coranique, les mains coupées.

L’argumentation des interventionnistes, c’est qu’on doit se résigner à la peste afin de combattre le choléra. Mais c’est une illusion, car peste et choléra se nourrissent mutuellement : plus les occupants s’accrochent en Afghanistan, agaçant les Afghans ordinaires par leur présence ostentatoire et leurs bombardements imprécis, plus la rhétorique anti-infidèles et nationaliste des talibans joue sur du velours et trouve des oreilles complaisantes. Plus ils dépensent pour acheter la loyauté des politiciens et des hobereaux locaux, plus le régime apparaît comme illégitime. Plus ils gesticulent en invoquant les droits de l’Homme et la démocratie, plus ces notions sont discréditées, et leurs défenseurs locaux considérées comme des valets à la solde des occupants.

Cette alternative, il faut la refuser. Dans les deux cas on se trahit : on bafoue soit le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, soit les valeurs laïques et progressistes. Les bidasses contre les barbus, c’est l’impérialisme contre le fanatisme. En somme, les deux choses que nous détestons le plus.

Dans cette affaire, être tacticien et viser le moindre mal, c’est se résigner à l’abomination. Non, il faut assumer la position minoritaire. En Afghanistan, comme partout dans le monde musulman, il existe une minorité qui partage nos idées. Parmi les anciens communistes, dans la jeunesse, chez les militantes féministes, chez les croyants écœurés par les récupérations politiques de la foi, nous avons des alliés naturels, qui refusent à la fois l’occupation et la régression théocratique. Que cette minorité représente 10%, 5% ou 1% importe peu : elle existe, elle a raison, cela suffit. La candidature de Latif Pedram aux élections présidentielles de 2004, par exemple, était encourageante par son programme de sécularisation progressive et de correction des monstrueuses inégalités sociales. Il a fait 1%, ce qui prouve… qu’il faut bien commencer quelque part !

Renaud Chenu (75) et Robert Tourcoing (PRS 75)

 

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