Congrès PS : Libéral ou Socialiste ?

Qu’elle était belle la République sous l’Empire !


Où la carpe et le lapin se préparent à Reims.


Par Ugo Bernalicis (59) et Martin Crouzet (69)

 

C’est pour l’automne, ce sera à Reims, on sera à Reims. Il y a deux temps pour les socialistes. Le temps du réel, de la lutte, du rapport de force social à construire contre les réformes du gouvernement, et le temps du PS, un peu suspendu au dessus du réel.

L’enjeux est d’harmoniser les deux, de porter au sein du PS les revendications de la gauche qui se bat sur le terrain social : école, temps de travail, pouvoir d’achat, sans papiers, retraites… Le temps du PS s’accélère, faisons qu’il soit en phase avec le temps du réel pour le Congrès.

Il n’y a guère d’acquis social qui ne soit pas menacé en cette forte période de recul, faite d’arrogance de la réaction au pouvoir, d’absence d’alternative crédible à gauche… Mais comme le disaient les républicains après la chute de Napoléon III : qu’elle était belle la République… Sous l’Empire ! On trousse du socialisme sous Sarkozy, on l’imagine dans tous les sens, on le verbe, on de déblatère, on l’emphase, on le déglutine parfois ! Chacun sa contribution, chacun son invitation sur France Inter, chacun son bouquin écrit vite fait par une équipe de nègres ou un pote journaliste, chacun sa partition. C’est le propre du chef d’orchestre sans orchestre, il prend son violon et joue ses classiques dans son coin. La Reine du Poitou est gourmande de Parti. Le Prince de Paris laisse entendre que si la couronne veut bien de lui il ne saurait lui refuser son élégante tête. Monsieur Dray nous vend son expérience d’élu de banlieue pour prendre les reines d’un parti à la banlieue du pouvoir. La mère des 35 heures ferait bien des heures supplémentaires à Paris. Le bal est frénétique autour du siège usé par le camarade Hollande, presque macabre, ainsi en va-t-il de l’avidité, c’est tragiquement humain. Ou Culturel ?

Libéral ou SOCIALISTE ? Libéral et SOCIALISTE ? On nous ressert le plat fadasse du faux débat à la con qui consiste à faire croire que les socialistes ont un problème avec l’économie de marché. Jospin privatisant plus que Balladur et Juppé réunis, il avait un problème avec l’économie de marché ? Et Mitterrand, il a renversé le capitalisme ? Et Blum, il a profité des grèves de 1936 pour faire la révolution ? Les socialistes français sont juste un peu plus faux-cul que le reste de la social démocratie sur la question, c’est tout, parce que le peuple français, lui, a une vrai dent contre le libéralisme. Et ça, le monde entier nous le reconnaît, ce devrait être une fierté !

Certes, ça ne se voit pas toujours, c’est une colère rentrée qui n’explose que de temps en temps à l’échelle nationale, mais si la gauche savait en profiter, elle serait au pouvoir depuis 1997. La vague du mouvement social de 1995 qui a porté les socialistes au pouvoir en 1997 aurait pu ouvrir une période folle faite de progrès sociaux et démocratiques en pagaille. Au lieu de ça on a eu des 35 h tellement bien ficelées qu’elle n’ont pas survécu (ou si peu !) et firent des énervés dans une large frange de notre électorats, des privatisations, un PACS qui n’est qu’un refus du mariage gay… Mais la gauche, du moins les dirigeants de la gauche, ne savent pas en profiter, car ils ne le désirent pas. Ils sont vraiment libéraux, quoi qu’en dise leurs palabres : les actes ne sont pas au rendez-vous. C’est pourquoi de nombreux députés socialistes ont permis la ratification du traité de Lisbonne par le Parlement alors qu’ils avaient l’arme entre les mains pour le bloquer (la majorité ne disposant des 3/5e nécessaires au parlement pour cela) et déclencher un processus référendaire. C’est pourquoi aujourd’hui le PS est atone sur le « non » Irlandais. C’est pourquoi on nous a proposé une déclaration de principe qui donne à boire et à manger à tous sans satisfaire vraiment personne. QUI aujourd’hui est capable de dire ce qu’est une “économie sociale et écologique de marché” (in La déclaration de principe) ? C’est pourquoi ce Congrès doit être le moment de la clarification idéologique. Libéraux ou socialistes ? En langage clair : dans le camp du travail ou du capital ? Car la vraie question est là. Qu’on le veuille ou non, que ça dérange intellectuellement ou moralement, qu’on se sente plutôt réformiste ou plutôt révolutionnaire, plutôt social démocrate ou plutôt socialiste, selon les tempéraments, les contradictions entre ceux qui se goinfrent et ceux qui subissent font parti du réel. Les super-profits, les parachutes dorés, la rapacité des banques, les pressions sur les salaires, la précarisation du salariat, la pauvreté galopante font parti du réel. Les vielles recettes du social libéralisme, de l’accompagnement social du libéralisme, de l’encadrement du marché et de toutes ces sornettes ont fait long feu. Elles ont donné Anthony Blair qui vient saluer son amis Sarkozy à Paris, Romano Prodi qui n’a rien fait des périodes où il était au pouvoir à part préparer les retours de Berlusconi, la participation du SPD au gouvernement d’Angela Merkel, et dans une moindre mesure Eric Besson à la prospective et Woerth au budget… La synthèse du Mans a étouffé les violents désaccords qui existent entre nous et se sont exprimés au moment du référendum sur le TCE.

La synthèse du Mans est morte au moment où les députés socialistes ont voté selon leur libre arbitre “pour” ou “contre” la modification constitutionnelle permettant la ratification parlementaire du traité de Lisbonne. Assumons. En toute franchise, en toute camaraderie, honnêtement. Le PS est à la croisée des chemins. Nous venons du sentier de la défaite, ayons l’audace de prendre celui de la victoire : celle du socialisme. ■

Publicités

Les commentaires sont fermés.

%d blogueurs aiment cette page :